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en Cardiométabolisme et Nutrition

Une avancée majeure dans la compréhension des mécanismes de la cardiomyopathie atriale

Une équipe de chercheurs de l’IHU ICAN identifie, pour la première fois, le rôle du tissu adipeux épicardique (tissu gras cardiaque) et des macrophages dans la progression de la cardiomyopathie atriale, responsable de fibrillation atriale, le trouble du rythme cardiaque le plus fréquent dans le monde.

Publiée le 10 juillet 2026 dans Circulation Research, cette découverte scientifique renouvelle notre compréhension des mécanismes à l’origine de la fibrillation atriale et ouvre de nouvelles perspectives pour développer des traitements ciblant les premiers stades de la maladie.

Comprendre les mécanismes qui préparent le cœur à la fibrillation atriale

La fibrillation atriale est le trouble du rythme cardiaque le plus fréquent dans le monde.

Sa prévalence augmente rapidement sous l’effet du vieillissement de la population mais aussi de l’essor des maladies cardiométaboliques, notamment de l’obésité, l’hypertension artérielle et du diabète.

Malgré les progrès thérapeutiques, notamment pour ablater les foyers arythmogènes, ce trouble du rythme est le plus souvent récidivant et persistant.

La fibrillation atriale ne survient pas soudainement. Elle résulte d’un remodelage progressif des oreillettes, appelé cardiomyopathie atriale, caractérisé par l’altération des propriétés électriques des oreillettes et la fibrose du tissu myocardique.

Quelques chiffres

  • 60 millions de personnes1 vivent avec une fibrillation atriale dans le monde (dont 750 000 personnes en France),
  • Sa fréquence augmente fortement avec l’âge et les maladies cardiométaboliques : 1 personne sur 5 est concernée après 45 ans,
  • La fibrillation atriale multiplie par 52 le risque d’accident vasculaire cérébral,
  • L’obésité, le diabète et les maladies cardiométaboliques comptent parmi les principaux facteurs de risque modifiables.

Le tissu adipeux épicardique (la graisse naturellement présente à la surface du cœur) est associé à un risque accru de fibrillation atriale.

Toutefois, son rôle exact dans le développement de la maladie est encore mal compris.

Une cartographie inédite des cellules immunitaires du cœur

Une équipe de chercheurs de l’IHU ICAN, de Sorbonne Université et de l’Inserm, en collaboration avec plusieurs partenaires français et internationaux, vient d’apporter un éclairage inédit sur les mécanismes biologiques qui conduisent progressivement au remodelage des oreillettes du cœur.

L’objectif de cette étude était d’identifier les mécanismes cellulaires reliant le tissu adipeux cardiaque, l’inflammation et le remodelage des oreillettes afin de mieux comprendre les premières étapes de la maladie et d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont mobilisé plusieurs des technologies les plus innovantes actuellement disponibles en recherche biomédicale :

  • Transcriptomique spatiale
  • Séquençage ARN à cellule unique (single-cell RNA sequencing)
  • Imagerie multiphotonique
  • Microscopie CARS et SHG
  • Modèles expérimentaux de cardiomyopathie atriale et transgéniques 
  • Analyses bioinformatiques avancées

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Des tissus cardiaques humains issus de patients opérés ont d’abord été étudiés grâce à la transcriptomique spatiale, une technologie permettant de visualiser l’expression des gènes directement dans les tissus tout en conservant leur organisation anatomique.

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Ces analyses ont ensuite été associées au séquençage ARN à cellule unique, à de l’imagerie multiphotonique haute résolution, à des techniques avancées de microscopie ainsi qu’à différents modèles expérimentaux reproduisant les effets de l’obésité sur le cœur.

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Cette approche intégrée a permis de suivre avec une précision inédite les interactions entre les cellules immunitaires, le tissu adipeux et le muscle cardiaque tout au long de l’évolution de la maladie.

Une découverte majeure : 2 populations de macrophages orchestrent la progression de la maladie

Les travaux mettent en évidence un mécanisme jusqu’alors inconnu : 2 populations distinctes de macrophages interviennent successivement dans la cardiomyopathie atriale.

Les macrophages Lyve1+, résidants naturellement dans le tissu gras cardiaque, jouent un rôle protecteur. Ils accompagnent l’expansion du tissu adipeux épicardique et participent au maintien de l’organisation du muscle cardiaque lors des premières adaptations aux contraintes métaboliques.

Au fur et à mesure de la progression de la maladie, cette population diminue tandis qu’une seconde population venant des cellules sanguines, les macrophages CCR2+, est recrutée dans les zones où le tissu graisseux commence à être remplacé par de la fibrose. Ces macrophages inflammatoires favorisent alors le remodelage des oreillettes, leur dilatation et l’apparition d’un terrain favorable au développement de la fibrillation atriale.

Les chercheurs démontrent également que le blocage expérimental de cette seconde population, les macrophages CCR2+, permet de limiter la fibrose et de réduire la susceptibilité à développer des épisodes de fibrillation atriale.

Un changement de paradigme dans la compréhension de la cardiomyopathie atriale

Au-delà de l’identification de nouvelles populations cellulaires, cette étude renouvelle profondément la compréhension des mécanismes responsables de la maladie.

Jusqu’à présent, le tissu adipeux épicardique était principalement considéré comme un facteur associé à la fibrillation atriale.

Les chercheurs montrent qu’il constitue en réalité un véritable acteur biologique, capable d’orchestrer localement les phénomènes inflammatoires qui conduisent progressivement au remodelage du muscle cardiaque.

« Autrement dit, ce n’est pas uniquement la quantité de graisse qui importe, mais son activité biologique et les interactions qu’elle entretient avec le système immunitaire.

Cette nouvelle vision ouvre la voie au développement de biomarqueurs plus précoces ainsi qu’à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant directement les mécanismes responsables de la progression de la maladie. »

Pr Stéphane Hatem
Directeur de l’IHU ICAN

Une avancée pour la médecine de précision

En identifiant des mécanismes jusqu’alors inconnus de la cardiomyopathie atriale, cette étude ouvre des perspectives importantes pour la médecine de demain.

À terme, cibler spécifiquement certaines populations de macrophages pourrait permettre de ralentir, voire d’empêcher, le remodelage des oreillettes chez les patients les plus exposés aux maladies cardiométaboliques, avant même l’apparition de la fibrillation atriale.

Ces travaux pourraient également favoriser le développement de nouveaux biomarqueurs permettant d’identifier plus précocement les patients à risque et de personnaliser leur prise en charge.

Ils illustrent pleinement le potentiel de la recherche translationnelle menée à l’IHU ICAN pour transformer les découvertes fondamentales en innovations au bénéfice des patients atteints de maladies cardiométaboliques.

« Comprendre les toutes premières étapes de la maladie est essentiel si nous voulons un jour empêcher son développement plutôt que d’en traiter les conséquences. Cette étude révèle un mécanisme biologique jusqu’alors méconnu qui relie les maladies cardiométaboliques, l’inflammation et la fibrillation atriale.

Cette recherche a pu être menée en s’appuyant sur l’expertise de l’IHU ICAN et elle illustre l’importance du dialogue entre recherche fondamentale et clinique, pour accélérer l’émergence de nouvelles stratégies thérapeutiques au bénéfice des patients. »

Pr Stéphane Hatem
Directeur de l’IHU ICAN

Les 3 points clés à retenir

1. Une nouvelle cartographie

des cellules immunitaires présentes dans le tissu adipeux cardiaque, permettant de développer de nouveaux biomarqueurs de progression de la maladie

2. La découverte d’un nouveau mécanisme biologique

impliquant deux populations de macrophages qui se succèdent au cours de la maladie, qui pourra permettre de concevoir des traitements ciblant spécifiquement les macrophages impliqués dans le remodelage cardiaque

3. De nouvelles perspectives thérapeutiques

pour intervenir avant l’installation de lésions irréversibles, et identifier plus précocement les patients à risque de fibrillation atriale chez les patients souffrant de maladies cardiométaboliques

Une collaboration internationale

Cette étude est le fruit d’une collaboration entre Sorbonne Université, l’Inserm, l’IHU ICAN, l’Institut Pasteur, l’Indian Institute of Technology de Delhi et plusieurs équipes cliniques de l’hôpital Pitié-Salpêtrière.

Elle mobilise les expertises développées au sein de l’IHU ICAN en cardiologie, immunologie, biologie cellulaire, transcriptomique, imagerie de haute résolution, bioinformatique et recherche translationnelle.

Parmi les co-auteurs de la communauté de l’IHU ICAN : L. Crepin, E. Trenquier, I. Abdou-Seini, A. de Raymond-Cahuzac, M. Ponnahia, N. Mougenot, S. Hatem et N. Suffee.

Le rôle de l’IHU ICAN

Cette étude illustre pleinement la stratégie scientifique de l’IHU ICAN : comprendre les mécanismes fondamentaux des maladies cardiométaboliques afin d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques et d’accélérer leur transfert vers la pratique clinique.

Elle mobilise les expertises complémentaires de l’institut en recherche fondamentale, immunologie, cardiologie, imagerie de pointe, bioinformatique et recherche clinique, démontrant la capacité de l’IHU ICAN à faire émerger des innovations scientifiques à fort potentiel de transfert vers les patients.

  1. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0248866325000785 ↩︎
  2. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36537565/ ↩︎

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