Comment mieux identifier les patients atteints de stéatohépatite métabolique (MASH) et évaluer la fibrose hépatique sans recourir à une biopsie ?
Une vaste étude prospective multicentrique menée dans le cadre du consortium européen LITMUS apporte de nouvelles réponses. Publiés dans Nature Medicine, ces travaux auxquels ont participé le Pr Vlad Ratziu et le Dr Raluca Pais, Hépato-Gastro-entérologues à l’IHU ICAN, comparent les performances de plusieurs biomarqueurs sanguins, techniques d’imagerie et scores diagnostiques.

Stéatose métabolique : mieux identifier les patients à risque

La stéatose métabolique (MASLD) est étroitement associée aux désordres métaboliques et peut évoluer chez certains patients vers la stéatohépatite (MASH), une forme inflammatoire puis vers une fibrose avancée et une cirrhose.
L’un des enjeux majeurs est donc d’identifier précocement les patients présentant les formes les plus à risque.
La biopsie hépatique demeure une méthode de référence pour caractériser précisément les lésions du foie, mais son caractère invasif limite son utilisation à grande échelle.
Le développement et la validation d’outils diagnostiques non invasifs constituent donc un enjeu essentiel pour améliorer la stratification et le suivi des patients.
Comparer les performances des différents biomarqueurs
L’étude LITMUS publiée dans Nature Medicine a évalué prospectivement 357 participants présentant différents stades de fibrose hépatique.
Les chercheurs ont comparé plusieurs catégories de biomarqueurs non invasifs :
- Des biomarqueurs sanguins, dont NIS2+
- Des méthodes d’évaluation de la rigidité du foie par imagerie ou élastographie, notamment la MRE et le VCTE/FibroScan
- Des scores composites tels qu’Agile 3+ et Agile 4
L’objectif était d’évaluer leur capacité à identifier la MASH, la MASH dite « à risque », associée à une fibrose d’au moins stade F2 ainsi qu’à déterminer les stades avancés de fibrose et la cirrhose.
Des outils différents selon l’objectif clinique
L’un des principaux enseignements de l’étude est qu’aucun outil ne répond de manière optimale à l’ensemble des situations diagnostiques.
- Parmi les biomarqueurs sanguins évalués, NIS2+ présentait la meilleure précision diagnostique pour identifier la MASH et la MASH à risque.
- Les performances étaient particulièrement élevées lorsqu’il s’agissait d’évaluer les stades les plus avancés de fibrose. L’élastographie par résonance magnétique (MRE) s’est notamment montrée très performante pour détecter la fibrose avancée et la cirrhose.
- Pour la cirrhose, plusieurs approches : la MRE, mesure de la rigidité hépatique par VCTE ainsi que les scores Agile 3+ et Agile 4 dépassaient le critère minimal de performance défini par l’étude.
- Les résultats suggèrent ainsi une complémentarité des outils non invasifs : les biomarqueurs sanguins tendent à être plus performants pour identifier la MASH à risque, tandis que l’élastographie et les scores composites présentent d’excellentes performances pour caractériser la fibrose avancée et la cirrhose.
Vers des parcours diagnostiques moins invasifs et plus personnalisés
Ces résultats constituent une étape importante pour mieux définir la place des biomarqueurs non invasifs dans la prise en charge de la stéatose métabolique.
Disposer d’outils fiables permettant d’identifier les patients à risque et d’évaluer la sévérité de leur maladie sans multiplier les procédures invasives pourrait contribuer à améliorer leur orientation, leur suivi et leur accès aux traitements.
Cette publication illustre également l’importance des grandes collaborations internationales pour valider ces outils sur des populations de patients bien caractérisées.
Le Pr Vlad Ratziu, expert des maladies métaboliques du foie à l’IHU ICAN, Sorbonne Université, Inserm et AP-HP, a contribué à ces travaux menés dans le cadre du consortium LITMUS.
Cette approche s’inscrit pleinement dans la stratégie de l’IHU ICAN : développer une médecine cardiométabolique davantage préventive et personnalisée, capable de mieux identifier les trajectoires individuelles et d’intervenir plus précocement dans le parcours des patients.






